Sybéria 4

Je suis une grande amatrice de jeux vidéos d’aventures de type « Point and Click ». J’ai toujours aimé cela : des aventures dans de beaux paysages qui te demandent de résoudre des énigmes pour avancer dans une histoire palpitante. J’ai visité l’Égypte, Versailles au temps du roi-soleil, mais aussi des dystopies ou des mondes parallèles. Même si j’ai une préférence pour les jeux « historiques », un jeu d’aventure dans un monde inventé, s’il est beau et bien construit, ça me fait toujours un bien fou.

La saga Sybéria de Benoît Sokal est un bon exemple des jeux que j’apprécie : c’est une dystopie qui se passe dans notre monde, mais dans des pays imaginaires, avec un ensemble d’inventions mécaniques par un étrange Hans Voralberg (que l’on va passer une bonne partie du temps à chercher.)

Les trois premiers épisodes sont des jeux qui défient réellement l’esprit et l’on peut passer beaucoup de temps sur les énigmes avant d’avancer dans l’histoire. J’avoue que j’attendais avec beaucoup d’impatience le troisième tome et que je me suis pressée d’y jouer lorsqu’il est sorti en 2017. Pressée à tel point que je l’ai fini assez vite et que j’ai été très… mitigée. Disons que l’épisode 3 m’avait laissée sur ma faim avec un goût de trop peu et de pas fini. Ceux qui y auront joué et l’auront fini comprendront ce que je veux dire : attendre plus de dix ans pour une suite (alors qu’à la fin du 2, c’est une vraie fin) et se retrouver avec un épisode très attendu, mais trop court et « pas fini », ça m’a dégouté pour un bon moment des jeux « à suite ». Aussi quand j’ai vu qu’il y a un mois, était sorti Sybéria 4, j’ai été très étonnée. Évidemment, à la fin du 3, on est laissé sur notre fin, la suite était logique. Mais je ne l’attendais pas (contrairement au 3).

Bandeau de Sybéria 4

Comme j’avais beaucoup apprécié les premiers, j’ai décidé d’y jouer pour redonner une chance à la saga et savoir enfin pourquoi cette fin si abrupte et hors de propos.

Alors tout d’abord, pourquoi le 3 finit comme il a fini ? Ben vous ne le saurez pas vraiment. On retrouve l’héroïne un an plus tard, avec une coupe de Punk et une romance lesbienne sous-entendue (alors que bon, les relations sociales, c’était pas son truc), dans une sorte de camp d’esclaves sans qu’on sache vraiment pourquoi elle est là. Il y a des explications, mais je les trouve très légères (et vraiment ? des néo-nazis ? pourquoi on ne peut plus rien faire sans qu’il y ait des nazis partout !)

Fini la chasse aux mammouths, fini les peuplades étranges du fin fond de la Sibérie, on repart en Europe avant guerre, où une copie des Nazis (l’ombre brune) discrimine et détruit une copie des Juifs (les vageranes). Hans est là en clin d’oeil, alors qu’il était le centre des énigmes dans les premiers jeux, et même si le monde est toujours très beau, il n’est plus aussi magique qu’au début.

Je vous parle, je n’ai encore joué que quelques heures (mais si j’en crois les sites de soluces, j’ai déjà parcouru le premier tiers du jeu). Les sites de soluces dont, honnêtement, je n’aurais pas besoin. Les énigmes sont évidentes et guidées, tu a une liste à remplir très précise comme « parler à tel personnage », avec des sous-quêtes « observer tel endroit avant d’aller parler à tel personnage ». En plus, si tu bloques un peu, le personnage va sortir un indice du genre « Il manque du bois » (oh ben, ça tombe bien, il y avait un tas de bois juste à côté de la porte), puis, avant même que tu n’aies le temps de trouver pourquoi ça ne marche toujours pas, elle ajoute « on dirait qu’il y a un problème avec l’entrée d’air »), ce qui rend les énigmes non pas trop faciles, mais inexistantes. Et si jamais, malgré toutes ces aides, tu es perdue, tu peux t’asseoir et « faire le point » (et là, cinématique : l’héroïne te raconte tout ce que tu as loupé, au cas où tu aurais pas été un peu distraite jusqu’ici) ou regarder « ton » journal qui n’est pas le tien mais celui du type qui te courrait après dans les épisodes précédents, et qui continue de te chercher. Du coup, tu apprends des trucs, mais que tu n’es pas sensée savoir vu que tu ne sais pas ce qu’il fait… (ton personnage ignore même qu’il existe).

Pour l’instant, donc, à un tiers de l’histoire, je n’ai pas joué à un jeu vidéo, j’ai « participé » à un film interactif (où les choix se limitent à dire « Oui » ou « Peut-être » et à regarder la scène suivante qui sera la même quel que soit ton choix…)

Il y a plus de cinématiques (impossibles à passer) que de phases d’énigmes.

Le moteur du jeu aussi est particulier : alors que les 3 premiers sont des point and click traditionnels avec une vue en plan large où tu peux balayer l’image avec ta souris, ici on se retrouve sur Unity. J’adore Unity, c’est sur ce moteur que beaucoup de jeux que j’apprécie tournent (je pense en particulier à Rime auquel je rejoue régulièrement). Mais ce n’est clairement pas le même fonctionnement… Ici, le décor bouge en même temps que ton personnage, ce qui rend l’affaire pénible quand tu cliques sur un objet à observer mais que ton personnage bouge, la souris aussi, du coup, comme le perso ne va pas vite, tu doubles-cliques, mais à côté… et tu passes du temps à tourner autour de l’endroit où tu veux aller (parce que bien sûr la caméra a changé d’angle). Pourquoi avoir conservé le même gameplay que les premiers alors qu’on change de mode de fonctionnement ?

Unity est sensé te permettre d’observer le décor à ta guise en tournant à volonté la caméra dans tous les sens comme si tu étais réellement là, dans ce monde. Mais rapidement tu te rends compte que « à ta guise » se heurte à beaucoup de murs invisibles, c’est à peine si tu peux lever les yeux au ciel ! C’est d’autant plus idiot que lorsque tu es en gros plan, s’affiche l’icône pour regarder autour et l’image bouge de quelques millimètres à peine !
C’est dommage car c’était une chose qui manquait aux précédents : l’expérience d’un monde ouvert dans ces magnifiques décors !

Les décors sont toujours très beaux, bien sûr, et c’était ce qui faisait vraiment que Sybéria se démarquait d’autres jeux d’aventures, c’est évident que Benoît Sokal était un très bon dessinateur, mais cela ne suffit pas à en faire un jeu vidéo qui vaille le coût (presque 50€ en version PC !)

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