Les bons arguments

Je lisais un article sur le site du Monde à propos de l’existence historique réelle ou non de Jésus. Deux universitaires sont questionnés, l’un en faveur d’une thèse « mythique » et l’autre en faveur d’une thèse « réalité historique ».

Je lis le premier, je ne suis pas convaincue. Il a les arguments bateaux de ceux qui veulent défendre une cause sans vraiment de preuves : prétendre qu’une existence est inventée parce que les grandes sources de l’époque ne l’évoquent pas et que les sources sont principalement antérieures et chrétiennes… Bref, j’ai toujours été dans le camp opposé, mais le mec ne prouve rien et ne me donne aucun argument vraiment valable pour le croire, sans références historiques (ben c’est justement la difficulté de sa situation 😛 )

Je me dis que l’autre universitaire va le descendre, démontrer une fois pour toutes que c’est faux. Et là, il sort des arguments décevants. Il y a de bonnes choses : le fait que l’idée du mythe soit apparue très tard dans l’histoire du christianisme (donc si l’existence réelle n’a jamais été remise en cause au début, c’est que les gens s’en souvenaient assez), que les sources romaines officielles avaient un peu autre chose à traiter que la vie d’un charpentier-gourou à l’époque où il y a des gourous partout, que le fait de nier l’existence de Jésus est souvent repris par des gens gênés par le fait qu’il était juif… De très bons arguments en fait, quand j’y repense à froid. Mais en lisant l’article, ce n’est pas du tout ce que j’ai ressenti.

Le premier universitaire était sûr de lui, sans nuance, direct. Le genre de personne qui, en apparence, fait mine de ne pas vouloir se battre, qu’il y a de la place pour tout le monde, mais qui insinue que les autres ne sont pas professionnels, se trompent, sont des moutons, et pousse à faire en sorte qu’on lui tape dessus pour gagner. Le genre complotiste avec des certitudes un peu trop assumées.
Le second ne rentre certes pas dans son jeu. Il reste calme, n’est pas radical mais il joue sur les nuances, invoque des exemples anciens, tente de démontrer que la posture du premier est infondée. Le genre universitaire sérieux et cartésien. Et c’est ce qu’il faut faire ! Pourtant… Si ses arguments sont plus fondés que ceux du premier, ils donnent surtout l’impression qu’il tourne autour du pot, qu’il n’a pas de sources historiques pour étayer sa théorie, qu’il va perdre le débat (bien qu’il n’y ait pas débat puisque ce sont juste deux experts interrogés séparément sans échange entre eux).

Je sais, car j’ai fait des études, pire, j’ai fait des études en sciences humaines, que les faits historiques sont fiables, mais pas aussi certains que les faits scientifiques, qu’il faut prendre du recul face à l’histoire, la remettre dans son contexte, remettre aussi les théories et leurs défenseurs dans leurs contextes historique, social et politique, quelles que soient les époques.

Mais au fond de moi, je suis quand même bien humaine (donc avec des biais cognitifs bien bêtes) et si le premier ne m’a pas convaincu, le second m’a fait douter…

 

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