Mea maxima culpa

Tu ne dois pas rêver, tu dois vivre ta vie ! Si tu le veux vraiment, tu pourras faire de ta vie, le rêve que tu imagines.

Je rêve ma vie et ça me paralyse. Parce que m’entendre dire que je peux y arriver, qu’un jour, mes rêves prendront vie, qu’on me reconnaitra à ma juste valeur, qu’on m’écoutera ou tout simplement qu’on m’aimera, que le monde ira mieux autour de moi, ça reporte l’échec sur moi. Mea culpa. C’est parce que je n’ai pas assez essayé, parce que je ne travaille pas assez, que ça ne marche pas.

Je vois que ça marche pour d’autres, qu’ils arrivent à des sommets que je n’ai jamais pu atteindre. Ils ne cessent de dire que c’est la volonté, que c’est le travail. Mais j’ai travaillé, j’ai fait ce qu’il fallait, de la volonté, j’en avais ! A m’épuiser ! Dépressions, corps à bout, mental sur la crête…

Et puis il y a eu le suicide social.

Au départ, j’ai été soulagée, le calme, l’apaisement. Ne plus penser à rien, ni aux autres, ne plus en avoir rien à faire, ne plus s’intéresser à tout ça. Remiser mes rêves au placard, me concentrer sur un autre boulot, d’autres espoirs, moins ambitieux, moins chatoyants. Une maison rangée et propre. Un planning des menus du mois. Un budget équilibré. Les papiers en ordre. Des petites victoires quotidiennes, tristes et sans ambition, mais faciles à conquérir. Rassurantes.

Et le doute.
Si j’avais continué, si je n’avais pas tout lâché, y serais-je parvenu aujourd’hui ? Et si je goutais à nouveau à ces fugaces moment où je me suis dit « Ca y est, je suis arrivée quelque part » sans y être jamais réellement parvenue.

Mais revenir dans cette ancienne vie n’est pas facile. On m’a oublié. On me prend de haut, comme si je débutais, comme si je n’y connaissais rien. On continue de me dire que le travail, l’ambition, ça paye toujours à la fin. Mais quel prix à payer pour ça ? Je me sens décalée.

Non, l’ambition n’est pas la clef, non, le travail n’est pas la solution. La persévérance, non plus. Je le sais : j’ai travaillé, j’ai espéré, pendant des années.

Et la seule chose qu’on me renvoie, c’est que si ça n’a pas marché, c’est que c’était de ma faute. Parce que j’ai cessé de jouer à leur jeu. Mea maxima culpa.

Une réflexion sur « Mea maxima culpa »

  1. Vivre la vie qu’on a imaginée, c’est du pipeau (C’est Vlad qui écrit). Il y en a peut-être qui y arrivent, mais j’ai un doute pour la majorité des cas qu’on nous présente.
    Je pense que c’est une histoire qu’on se raconte, qu’ils nous racontent, et qu’ils se racontent à eux-mêmes. Un peu comme le bonheur. Le bonheur est un souvenir (oui, c’est toujours Vlad). La vie rêvée est un un souvenir reconstruit à rebours.
    Il y a la vie rêvée, et puis celle que l’on vit. Il ne faut pas imaginer sa vie. Il faut la vivre, faute de quoi on passe à côté.
    Au final, on ne survit que dans le souvenir des autres, alors faire ce qu’on peut, créer d’une manière ou d’une autre, pour soi évidemment, pour les autres aussi. Ce sera peut-être leur souvenir, peut-être leur bonheur à eux, et pour nous une espèce de survie.

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