Confusion

Dois-je écrire de manière limpide ?
Si j’écris les idées qui me passent en tête, elles sont confuses, brouillonnes. Mais écrire, c’est remettre les idées dans l’ordre, organiser, classer, ranger, éliminer, réduire, synthétiser.
On ne peut pas tout dire, comme ça nous vient.
Quand ça vient clairement, quand les idées s’enchainent, évidemment, c’est simple, on pense, on écrit, on suit un raisonnement logique. C’est tellement plus facile.
C’est un texte explicatif, ceux qu’on apprend à écrire à l’école, pour le bac, pour les études.

Je relis un chapitre de roman que j’ai déjà réécrit. Plusieurs fois. La première, c’était un chapitre banal, comme on en croise partout. Un scénario de film hollywoodien, clair, tout est prévisible.
La deuxième, j’ai dû modifier, parce que j’ai voulu un narrateur différent, un type baigné par les sensations, submergé par les émotions.
J’ai fait un mix bizarre, qui ne va pas avec le reste du livre. Je le relis et j’en peux déjà plus de ce que j’ai fait. Je n’ai pas fini la première page que je lève les yeux au ciel, que je zappe rapidement, que l’histoire ne va pas. C’est de l’eau de rose, du cul pour du cul. Aucune ambition, aucune portée.
Je vais encore le réécrire, mais je m’emmêle les pinceaux, les scènes, les sensations. Je ne peux le supprimer, parce que le roman est écrit en alternant les narrateurs, si je le supprime, ça sera bancal. L’esthétique de la forme est importante.
Mais le fond…
Le fond, c’est que ça va être un chapitre confus. Brouillon, comme des idées qui s’enchainent et divaguent. Mais c’est logique, le type, que tout le monde croit organisé, clair, propre, il n’est pas comme ça, en dedans. Dedans, c’est le chaos, l’incertitude, le doute… et la confusion.

Où se situe la limite ? Parce que si j’écris comme il pense, on ne va plus rien comprendre, juste une succession de pensées, d’émotions et de sensations. Mais si j’organise, je classe, je clarifie… je sors de mon rôle d’auteur, je prends la place de ce narrateur pour que le lecteur continue de suivre… et je me trompe peut-être de chemin. Le lecteur est-il important ? Plus important que la cohérence de ma narration ? Plus important que mon personnage lui-même ? Est-ce que j’écris pour être lue ou pour faire vivre ce personnage ? Est-ce que je destine mon texte à être lu, à être publié, jugé, critiqué, apprécié ou est-ce que je cherche comment aller jusqu’au bout de cette idée, quitte à me retrouver dans une impasse ? Parce que ce roman, ça fait dix ans que je le retravaille, de temps en temps, que j’aimerais bien en venir à bout mais qu’il refuse de se rendre. Parce que je ne veux pas qu’il soit une simple histoire comme on en trouve ailleurs. Ça pourrait être tellement plus que ça pour moi

Survivre

Je suis prêt. Ça fait des années que je suis prêt. J’ai tout prévu : j’ai de la nourriture, des conserves, des rations de survie. J’ai de l’eau en bouteille, du papier toilette à gogo et bien sûr, mon couteau.
Je me suis entraîné à faire des nœuds avec des kilomètres de cordes, je sais construire un brancard avec des branches et des t-shirts, je sais faire du feu, construire un abri. Je suis prêt.
J’ai quelques pièces d’or en réserve pour faire du troc, de quoi filtrer l’eau de pluie et j’ai même une arbalète, pour me défendre.
J’ai prévu des jeux de société, des livres aussi, pour ne pas m’ennuyer quand le monde s’effondrera.

Des milliers de gens ont pris la fuite, les supermarchés ont été débordés. Le gouvernement a tout bloqué. Interdit de circuler. Ça y est…

Quatre jours qu’on est confinés. Que je n’ouvre plus ma porte. Je pourrais tenir des mois comme ça. Des années si je plante mes patates sur le balcon.

Ma femme est allée acheter de la salade ce matin, parce qu’elle en avait marre des rations de survie lyophilisées. Ma fille ne veut pas jouer à la bataille avec moi, elle préfère parler avec ses camarades sur Whatsapp. Mon patron m’engueule pas Skype parce que je n’ai pas rendu le dossier que je devais faire. Ce soir, on regardera un film en streaming assis dans le canapé.

Je pouvais survivre à la fin du monde.
A la vie quotidienne, confiné…

Invisible

Depuis longtemps, je me sens déconnectée. Je me suis déconnectée.
La frénésie de faire, le besoin de contact… et le vide quand on se rend compte que le fait de ne plus être là, ne change rien pour les autres. Qu’on crée ou qu’on ne fasse rien. Que la vie continue ailleurs, sans nous.

Devenir invisible.
L’avoir, en fait, toujours été, noyée au milieu des autres. Comme tant d’autres.

Depuis trois jours, les voilà qui font la même chose que moi, tous les jours. Je les regarde s’agiter, derrière leurs murs, car l’agitation du monde l’a déserté ailleurs. Envie d’y participer, parce que j’ai l’impression qu’un nouveau lien peut se nouer entre nous, puisque nous vivons la même chose. Parce que je me suis toujours sentie seule, vide, et que j’ai aussi besoin de contact. Continuer à me sentir à l’écart, rejetée.

Mais ne pas insister, car si c’est pour créer l’illusion que j’existe, à quoi bon ?

Mer du Nord

Le ciel est bas. Il fait beau pourtant, mais le ciel étouffe la mer comme une couche de coton. Il n’est pas nuageux, il est juste uniformément lumineux. Cette ambiance me paraît toujours irréelle, je ne l’ai croisée qu’ici. Aucune autre mer, aucun autre rivage n’a ce pouvoir d’être si intime et personnelle. Parfois, si le temps est à l’orage, la mer devient même fluorescente, la masse cotonneuse prenant une teinte vert d’eau.

Mais aujourd’hui il fait beau. Le vent balaye énergiquement la plage, soulevant une couche sèche de sable qui fouette les jambes et pique les yeux. La mer n’est jamais autant intime que dans ces cas-là. Elle est haute et si j’entrais dans l’eau, là à l’instant, il n’y aurait plus qu’elle et moi. Le ciel nous couverait comme une couette blanche et chaude. Un duvet pour garder ce moment. La mer n’est pas froide, même pas fraîche. En fait, elle est accueillante, presque chaude.

La lumière diffuse, la plage n’a pas d’immensité dans laquelle se perdre, se sentir petit. Ici, sur ma plage, entre les brises lames, à quelques mètres de la digue à peine, la mer se fait toute petite. Il n’y a pas de cris d’enfants ou de mouettes, la plage est déserte. Au loin, les bateaux continuent de passer, mais ils sont également si proches qu’on les croit à porter de doigts.

Les vagues elle-mêmes se font douces quand, comme aujourd’hui, le soleil est un cercle plus clair quelque part au-dessus de nos têtes. Quand l’orage est proche, quand il pleut, les vagues vous repoussent, trop hautes, trop dangereuses. Et pourtant, il suffit de les affronter pour que la mer redevienne une douce berceuse. Un lit chaud où l’on pourrait rester des heures, à écouter le reflux, à regarder le ciel qui n’a rien d’infini. La pluie elle-même ne vous dérangerait pas.

Mais aujourd’hui, le ciel est bas, il fait beau.

Dans la vie, je suis plombier

J’ai un don. C’est con de le dire comme ça, mais c’est vrai. Attention, pas un truc comme « savoir écouter les autres  » ou « dessiner un portrait en trois coups de crayon  », non ça c’est de l’esbroufe. Moi, j’ai un vrai don. Je lis dans les pensées.

A quoi ça sert ? A rien.

J’aurais pu m’en servir pour avoir une meilleure note au bac. J’ai pas passé le bac. Moi,j’ai fais un CAP Plomberie. J’adore mon métier. J’aurais jamais pu faire médium, homme politique ou même juste psy… Pour ces métiers-là, ça serait vraiment utile. C’est vrai, c’est souvent ce qui passe par la tête des gens : j’adorerai savoir lire dans les pensées. Ça les avancerait à quoi ? Les pensées, c’est fugace et très confus. Les filles surtout. J’ai l’impression qu’elles pensent à trois trucs en même temps, mélangeant des mots, des images, des réminiscences de trucs lus, vus, entendus… Je sais pas comment sont mes propres pensées, mais celles des autres, c’est toujours le bordel. Comme si les gens avaient du mal à se concentrer. C’est amusant parfois. Mais c’est lourd la plupart du temps.

Je suis plombier, j’adore mon métier. Alors j’en vois défilé des mensonges « Je ne comprends pas, ça s’est bouché d’un coup  » avec dans la tête l’image du père qui de rage jette un doudou dans les toilettes… J’ai réussi à sauver le doudou, le gamin était ravi et le père furax mais soulagé.

Je suis plombier, alors évidemment, pas mal de femmes fantasmes sur moi. Accroupi sous le lavabo, en train de sortir une touffe monstrueuse et malodorante de cheveux, de poils et de n’importe quoi, le genre de truc qui révulse et pue à des kilomètres, et madame est en train m’imaginer la prendre sur la machine à laver. Ça arrive presque à chaque fois que je tombe sur une femme. Une pensée fugace ou le fantasme affirmé, des fois, elles sont nues sous leurs robes. Chauffé à blanc comme le tuyau sous le chalumeau. Je pourrais en profiter pour reluquer ou m’envoyer en l’air, y’en a pas mal qui diraient pas non. Sauf que manque de bol, j’ai une tare : je suis gay.

Remarquez, des gays qui fantasment sur les plombiers, y’en a aussi. Mais c’est rarement ceux qui m’intéressent. Moi, je préfère les types débrouillards qui savent faire des trucs de leurs dix doigts. Autant dire, pas le genre de type à appeler un plombier pour un évier bouché. Les mecs pensent autant au sexe que les filles, en général. Mais c’est différent : un mec va y penser en une succession d’images rapides, ça les empêchent de penser en profondeur, mais ils ont l’habitude. Ça les gêne plus. Par contre, les femmes, elles ça s’installent. La métaphore filée comme aurait dit mon prof de français au collège : ça occupe tout leur esprit. Ça les empêche pas de faire autre chose à côté, non plus. Elles ont l’habitude aussi.

Remarquez, je ne lis pas dans les pensées. Ce sont leurs pensées qui s’incrustent dans ma tête. Les gens pensent qu’être télépathe, c’est violer l’intimité de l’esprit, c’est voler des idées. C’est faux. Moi, j’ai rien demandé et on m’impose des visions, des fantasmes, des trucs inavouables (et inavoués). Les musiques qui vous prennent la tête, m’obsèdent des heures après que je vous ai croisé. Discuter avec vous est d’un ennui mortel car rien ne sort dont je ne connais pas déjà le but. Pour draguer, peut-être, c’est utile. Mais j’avoue que savoir à coup sûr qu’on plait ou non, finalement, c’est plus déprimant qu’autre chose : pas d’angoisse, pas de délicieux picotement dans le creux du ventre, pas d’appréhension. Tout est prévisible.

Mais lire dans les pensées, quand on est plombier, ça sert à rien. Les tuyaux ne pensent pas. C’est peut-être pour ça que j’aime mon métier, parce qu’au moins, la plomberie, elle, elle me fout la paix.

Texte publié pour la première fois en 2011
dans le recueil « 4 histoires de Zombies Bretons avec de vrais cadavres au beurre salé ».

Souvenir lumineux

Je me souviens essentiellement de la lumière dorée sur les roses du jardin. Il y avait une balançoire aussi. Un vieux portique en métal vert foncé, peut-être bronze… Je n’en sais rien. En fait, c’était certainement un ajout de mon esprit, une occupation que j’aurais aimé y trouver. Pourquoi mettrait-on une vieille balançoire dans le parc d’une maison de retraite ?

Je me souviens de la lumière sur les roses, anglaises évidemment, ça, je suis à peu près sûre de ne pas l’avoir imaginée. Quoi que…

Je me souviens du carrelage du rez-de-chaussée. Un large couloir et la lumière toujours dorée qui tombait presque à l’oblique sur les carreaux peints. Les arabesques de bruns, d’ocres, de blancs. Ce souvenir-là aussi est douteux. Pourquoi prendrait-on la peine de poser des grès décorés sur le sol d’un asile de vieux ? Et puis ce couloir large qui longeait le jardin… Étrangement, il ressemble au couloir de mon école primaire. Sauf que je suis à peu près sûre qu’à l’école, le carrelage était noir et blanc. Presque. Pas orné d’arabesques en tout cas. Non, les arabesques, il y en a sur les carreaux de la cour de la maison de ma grand-mère. Mais ce ne sont pas les mêmes que celles de mes souvenirs.

Je me souviens des arabesques, mais c’est sans doute un amalgame de plusieurs réalités. Et cette lumière dorée de fin d’après-midi. Comme si tous mes souvenirs étaient liés à cette impression de fin d’automne lumineuse et chaude. Juste avant l’hiver. Une dernière fois…

Je me souviens de la chambre, à l’étage. La lumière y était bleutée. Pas froide, c’est une sorte de nuage de bleu chaud et doux. Je me souviens d’un pied de lit, sans doute médicalisé, des cadres de photos, peut-être une armoire miel dans un coin, une plante ? Non, dans mes souvenirs c’est un vieux bouquet de fleurs séchées. Aucune odeur, pourtant entre les roses, le sol astiqué du couloir et les soins médicaux, il devaient bien y en avoir, mais je ne me souviens que de la lumière dorée sur les pétales de roses, le jardin luxuriant, le portique, le carrelage du couloir… je me souviens même pas de l’escalier, du couloir de l’étage, ni de la porte. Et je suis dans ce cocon bleu mêlé de chaleur.

Je ne me souviens pas de son visage, ni de sa voix. Non, juste la lumière bleutée qui décline doucement. Une dernière fois…

Texte publié pour la première fois en 2011.

Stockholm

La lumière baignait doucement la pièce. Enfin, le faible rayon qui filtrait sous la porte et auquel mes yeux s’étaient habitués. Je pouvais presque tout distinguer désormais autour de moi. Je voyais surtout la blancheur des calices qui embaumaient jusqu’à mon lit.

Il m’avait offert des fleurs. Des lys. C’était la première fois et je lui aurais sauté au cou si je ne m’étais pas retenue. Je ne sais pas depuis combien de temps il me disait qu’il m’aimait. Des semaines, des mois peut-être. Ça n’avait pas d’importance après tout, il m’avait apporté un gigantesque bouquet de lys blancs. Je pouvais le voir dans la pénombre et le sentir, surtout le sentir.

Je n’avais plus vraiment de notion du temps. Quand il fait nuit à longueur de jour avec seulement deux ou trois heures de clarté, comment pouvez-vous croire que le temps passe, qu’une journée s’est écoulée ? J’avais arrêté de compter, de toute manière c’était plus déprimant qu’autre chose. Un jour, je le savais, la lumière reviendrait, mes jours s’allongeraient et je revivrais.

C’était aussi pour mon moral qu’il m’avait offert ce petit bout de verdure, depuis quelque temps, ça n’allait plus. Il l’avait senti. Les chocolats ne suffisaient plus, la gerbe s’imposait. Le plus grand bouquet que j’avais jamais vu. Je sais c’est stupide de dire cela : il ne devait pas être très volumineux, 5 ou 6 fleurs à peine. Mais l’espoir que cela m’apportait, ce morceau de printemps qui entrait, même artificiellement, dans ma chambre était à la mesure de l’immensité que je vous décris.

Lui n’avait pas pu rester. Malgré mes supplications, il était parti me promettant un retour très rapide. Mais les heures que je passais à l’attendre étaient insupportables. Au début, quand il venait, je n’avais qu’une hâte, qu’il parte. Le temps fait son œuvre, et ses visites quotidiennes avaient fini par rythmer mes jours. Je l’attendais désormais avec impatience, comme le soleil se levant en hiver, même si j’essayais de ne pas trop lui montrer. Je me voulais forte devant lui, mais dès qu’il partait et que je replongeais dans l’obscurité de l’hiver, je n’en menais pas large. L’illusion que j’entretenais n’était que ça, une illusion. Il le savait bien désormais que je ne vivais plus que pour lui et ses visites.

La douceur sucrée me parvenait à travers la pièce. Si j’avais osé, j’aurais rampé jusqu’au vase pour humer les fleurs, les respirer à m’en tapisser les narines de leur pollen jaune et salissant. Mais je restais prostrée sur mon matelas, les yeux fixés sur les silhouettes floues comme des fantômes peuplant ma nuit. Tétanisée par les sentiments contradictoires qui m’assaillaient.

Je voulais mourir. Et je voulais vivre. La nuit, le froid, l’odeur de l’hiver, cette moisissure, cette humidité qui régnait autour de moi uniquement là pour me rappeler que j’étais loin des rires de ma mère, de la lumière qui baignait le jardin. Cette lumière qui même au plein cœur de janvier restait douce et chaleureuse, cette lumière, que j’aspirais à revoir un jour, me manquait tellement. C’était elle qui à la fois me donnait la force de continuer, et son absence qui me torturait. Et puis, il était là. Lui aussi était un dilemme constant. Son amour dont il m’inondait quotidiennement, je voulais le déchirer en mille morceaux, les jeter au feu et en fouler les cendres jusqu’à me meurtrir les pieds. Et pourtant chaque fois qu’il venait, je me replongeais dans son odeur, dans son corps avec délice et application. Si j’étais là, c’était à cause de lui, si je restais cloîtrée dans cet hiver éternel, c’était uniquement pour lui.

Notre relation était étrange, elle avait commencé d’une manière étrange. Une rencontre improbable, dans un parking. Et puis ce dégoût, je ne voulais pas le voir, ni lui parler, mais il insistait. Je lui avais plu dès le premier regard, il savait que je serais la femme de sa vie… Le genre de clichés qui peuple les films à l’eau de rose. Dans ce scénario, j’étais celle qui se refusait mais qui finirait par tomber amoureuse, désespérément amoureuse du prince charmant.

Ce n’est pas un prince charmant, il n’a rien du prince : pas de manière, pas de palais, un physique plutôt ingrat (mais une force !). Je ne suis pas amoureuse, désespérée, oui, mais pas amoureuse. Chacun se raccroche à une bouée quand il sent qu’il ne peut plus lutter et que les vagues n’ont de cesse d’attirer les corps vers le fond. C’était ma bouée, j’étais sans doute aussi la sienne.

Deux semaines avant le bouquet, environ, je vous l’ai dit la notion de temps est distendue ici, bref, une quinzaine de jours avant son dernier cadeau, il m’avait offert une bague. L’alliance de sa mère. Je l’avais acceptée. Qu’aurais-je pu faire d’autre ? Lui jeter à la figure, lui dire que jamais je ne l’épouserais, que jamais je ne l’aimerai ? Autant lâcher la seule balise à des kilomètres à la ronde, c’était la mort assurée. Alors je passais mes jours, ou plutôt mes nuits, à tourner l’anneau d’or autour de mon doigt, le prenant parfois dans ma main pour le soupeser, puis le glissant à nouveau sa place illégitime. Il était bien trop grand pour moi.

L’odeur des lys m’enveloppa d’un coup, d’une manière presque écœurante. La nausée me revint rien qu’en pensant à l’occasion pour laquelle il m’avait apporté ce vase à l’eau croupie. Une bonne nouvelle ! J’en avais pleuré. Rien que son souvenir faisait à nouveau couler mes yeux que j’avais depuis bien longtemps cru taris. Le verre de champagne qu’il me tendait pour fêter ça, je n’avais même pas eu le cœur de le repousser, ni même de lui fracasser sur le crâne.

Son sourire, ses baisers me brûlaient encore la peau. « Maintenant on va pouvoir vivre tous les deux, sans s’occuper du reste du monde. »

Comment avaient-ils pu me faire ça ? C’était comme me planter un couteau dans le cœur, et pourtant il m’avait apporté toutes les preuves. Ils s’en fichaient, tous. Plus personne ne s’inquiétait de mon sort, plus rien n’avait d’importance désormais. À part le seul corps que je pouvais serrer, le seul être vivant pour qui j’étais devenue une compagne. À part lui.

Le bruit du verrou, ce délicieux cliquetis métallique qui annonçait sa visite retentit dans le silence. Bientôt la lumière crue de la petite ampoule inonderait la pièce, m’aveuglant quelques minutes, pendant que le son de ses pas marquera chaque degrés des marches de la cave. Bientôt, il serait là, mon seul espoir. Mon geôlier.

Texte publié pour la première fois en décembre 2010.

Bonne année 2020 !

Cela fait dix ans que j’ai commencé à écrire.

L’année nouvelle est là, et, avec elle, les bonnes résolutions. Je suis résolue, cette année, à reprendre ce blog de manière plus régulière.

J’ai arrêté le blog, il y a longtemps, j’ai supprimé ce que j’avais écrit car ce n’était qu’une suite d’avis personnel, de conseils, de jugements. Je me perdais dans le blog alors que j’aurais dû me concentrer sur l’écriture de textes littéraires. Mais à chaque fois que j’y revenais, avec une envie sincère, je me rendais compte que mes avis m’ennuyaient, mes conseils me paraissaient impérieux, mes jugements inutiles…

Je reviens donc vers ce blog avec une autre envie : vous faire partager mes écrits. Je vais ressortir de mes caisses de vieux textes, j’espère en écrire de nouveaux aussi. Que de la fiction, plus aucun article de blogueuse, mais des exercices littéraires, des micros-nouvelles…

Parce que les gens lisaient mon blog, mais n’allaient pas lire mes livres…

Last day of June (Switch)

Ce sont enfin les vacances ! Et comme j’ai besoin de m’évader un peu, j’ai fini par craquer et acheter (en attendant Luigi’s Mansion 3 la semaine prochaine) un jeu que je reluque depuis que j’ai ma Switch :

Last day of June de Ovosonico

L’histoire

June et son mari vont faire un pique-nique. Il se met à pleuvoir, ils rentrent en voiture. Sur le chemin, ils ont un accident.
Tu te réveilles dans la peau du mari, paralysé, et June n’est plus là. En visitant ta maison, tu as des visions « fantomatiques » et tu pars dans les souvenirs pour essayer de changer les choses. Si tu y parviens, tu passes au niveau suivant.
Voilà !

La map

Les couleurs du paysage sont automnales, le temps aussi : le soleil de 19h est très bas, le vent, la pluie… On est clairement en automne. Ironie car le titre pourrait laisser penser que c’est le dernier jour de juin (dommage d’ailleurs de ne pas avoir joué sur ce jeu de mots et laisser les joueurs en suspens : June était-il un prénom ou le mois ?) C’est agréable de s’y promener, même si on tourne vite en rond : elle n’est pas grande et il faut parvenir à ouvrir les portails et différents accès pour la parcourir en entier, c’est ce qui est le plus dur. Il y a bien un plan, mais je n’ai pas vu l’intérêt de ce dernier (ce n’est pas assez grand pour s’y perdre). En plus, lorsque l’on est dans les souvenirs, on ne peut pas entrer dans les maisons et c’est dommage.

Ici ou là, on trouvera des sphères flottantes qui s’activent selon les différents personnages. Il y en a 20 et le décompte vous permet de savoir où vous en êtes. De plus, la tête du perso qui l’active est affichée dessus : il ne reste plus qu’à reprendre le bon perso pour le récolter. C’est une « quête secondaire » puisqu’on peut finir le jeu sans en collecter aucune.
Ce sont des souvenirs qui vous aident à comprendre le background des différents perso si vous êtes intéressés par l’histoire.

Lorsque tu interprètes le mari, tout est noir et déprimant et tu ne peux aller que là où les souvenirs veulent bien t’emmener (son fauteuil roule super bien dans les petits chemins de terre caillouteux, mais heureusement pour la cohérence, ne passe pas les escaliers !)

Les personnages :

Les personnages ne sont pas nombreux. On en compte six que l’on incarne à tour de rôles. C’est assez beau, même si le côté visages sans yeux m’a un peu choquée (ça donnait un petit côté Tim Burton, alors qu’on est dans un univers assez lumineux et pas du tout lugubre).
La voisine se tortille en marchant (c’est pire si on la fait courir) mais à part ça, les mouvements sont assez fluides.
Petit bémol : les personnages passent leur temps à faire des bruits (rire, glousser, grogner) sans que jamais une parole réelle ne soit prononcée. Je comprends que ça permet d’éviter les traductions pour les différentes langues (à part le menu qui ne possède que 4-5 mots), mais quand tu tournes en rond avec le gamin et qu’il passe son temps à rire alors que ça fait 15minutes que tu cherches comment tu vas changer le cours de choses… c’est assez énervant.

La maniabilité

Il y a très peu d’options niveau jeu, on utilise à peine trois boutons : A pour l’action requise, B pour sortir et Y pour se souvenir… mais vu qu’à part à un ou deux moments, il n’y a jamais 2 actions possibles en même temps, un seul bouton aurait fait l’affaire. A cela on ajoute le stick gauche pour déplacer le personnage, le stick droit pour l’orientation de la caméra (si on veut, mais elle suit naturellement le personnage… sauf si vous souhaitez regarder un peu plus le paysage, ça ne sert pas des masses)
Astuce : en appuyant sur R le personnage peut trottiner (sauf s’il porte un paquet lourd)

Et aucun bouton pour passer les cinématiques… Heureusement, après les avoir vu deux ou trois fois, le jeu a pitié et te les écourte.

La difficulté

Disons que la difficulté est réduite au maximum. C’est un PEGI 7ans et un enfant de 7ans peut y arriver, voire un gamin de 3ans (vu que tu n’as pas de truc inutile à faire, tu cherches où tu dois agir et tu agis…)

Il m’est arrivé de buter sur une énigme un peu plus longtemps que sur une autre, mais ça ne m’a pas pris des heures non plus ! Je l’ai fini en moins de 3h en ayant récupéré quasiment tous les souvenirs (il m’en manque un seul).

Les énigmes sont… binaires. En gros, pour finir un niveau, tu as deux options : solution A ou solution B. C’est la combinaison des différents options qui fera que l’accident se produira ou pas (et que tu pourras passer au niveau supérieur). Originalité : il faut parfois revenir en arrière pour changer la solution d’un niveau et avancer. Après il n’y a que 3 réels niveaux, le dernier étant un niveau que tu refais en boucle jusqu’à ce que la fin soit satisfaisante (pour le jeu).

Mon avis

J’avais entendu parler de ce jeu en des termes assez laudateurs : très beau, poétique, captivant, intense, avec des énigmes, un véritable parcours sur le deuil… C’était d’ailleurs pour cette dernière raison que je m’étais tourné vers Rime au premier abord.

Sur 4 niveaux où tu comprends assez vite que 1) c’est le déni, 2) c’est le marchandage/compromis, 3) c’est la colère et 4) la tristesse (celui-là plus que les autres, vu qu’on entend des pleurs tout du long). C’est un peu du martelage des étapes du deuil.

Les niveaux sont vraiment courts : tu comprends vite ce que tu dois faire, même s’il faut parfois du temps (5minutes max) pour comprendre comment y arriver.

La fin est prévisible, tu devines vite ce qui va arriver (bon au moins tu n’es pas déçu.e) et même au niveau 4, le twist qui se prépare est déjà une évidence (oh comme c’est étonnant !) Bref, sans trop dévoiler, on comprend rapidement l’histoire si on a vu quelques séries ou jouer à quelques jeux sur le thème du deuil.

C’est moins un jeu qu’une histoire interactive.

Du coup, est-ce que ça vaut vraiment 20€ ? Sachant que je n’ai pas forcément envie d’y rejouer car il n’est pas difficile (ou alors pour voir si je peux avoir une autre fin… mais j’ai des doutes) : l’ambiance est agréable, sans être enivrante ou hypnotique (comme dans Ico ou Rime), du coup, l’envie d’y passer à nouveau des heures n’est pas évidente surtout sur une map aussi petite.

Pour Rime, rien qu’en te focalisant sur l’intrigue principale, tu y passes facilement 3h30, et tu peux explorer des maps immenses et différentes à chaque niveau, relever les défis, trouver tous les éléments cachés pour allonger le temps de jeu. L’intrigue est moins évidente, le twist final plutôt inattendu. Alors que là, c’est 3h pour une première partie avec tous les objectifs atteints…

Après, je ne regrette pas l’argent que j’y ai mis : c’était agréable à jouer et c’est un éditeur indépendant. Mais plus cher, j’aurais été extrêmement déçue, c’est sûr (et j’aurais pu me sentir flouée par les développeurs).

Last day of June est un jeu d’énigmes indépendant disponible sur PS4, Switch et PC.

Une si belle journée…

Une super journée… J’ai fait du Land Art avec une classe de Petite-moyenne section (3-4 ans). Ils étaient à fond, ils ont bien participé, consciencieux, attentifs… Sérieux, j’étais contente ! Les gamins étaient ravis, moi aussi, l’atsem aussi. Bref, une belle journée de travail !

Et voilà qu’à la sortie, un père m’agresse verbalement parce que son fils a été « agressé » (il avait une petite tache rouge sur le cou, sous le t-shirt et n’est jamais venu se plaindre de rien du tout de toute la journée !), me tient la jambe pendant 10 min parce que je suis responsable de son fils et que j’aurais dû empêcher cette « agression » et qu’en plus, son pantalon est couvert de craies et que je lui parle mal, que c’est un scandale.

J’ai juste répondu « je ne sais pas, il n’est pas venu m’en parler. » à sa question sur l’agression, ceux qui me connaissent savent que j’évite toute confrontation, et même l’atsem a trouvé que je n’avais jamais été agressive (alors que lui, bon…), bref, je l’ai renvoyé vers la directrice (absente jusqu’à jeudi… mais je ne le lui ai pas dit !)

10 minutes pour gâcher une belle journée ! MERCI !

Alors à tous les parents : OUI il arrive que vos enfants se frappent et on ne peut pas toujours les en empêcher : ils sont 25-30 par classe, 90 qui courent dans tous les sens pendant la récréation. Même avec 5 adultes dans la cour, impossible d’empêcher un coup de pied ou une morsure, car ça va trop vite ! On ne peut parfois que gérer l’après-coup et c’est la vie !

OUI vos enfants se salissent : ils jouent dans la cour (il y a de la terre, de la boue, de l’eau), ils apprennent à faire de l’art (des feutres, des craies, de la peinture, de la pâte à modeler), à coller, à découper : ça implique de se salir un minimum !  (même adulte, je me mets de la peinture partout quand je peins… alors imaginez un enfant de 3-4 ans qui sait à peine tenir un pinceau ! C’est un miracle quand on arrive à faire une séance de peinture sans qu’il y en ai sur les murs !)

Cela prouve qu’ils vivent ! Qu’ils apprennent !

Alors si vous voulez que vos enfants ne se salissent pas, restent des petites poupées propres et toutes jolies, ne se confrontent pas aux autres enfants (blessé… ah, ah ! c’était même pas une bosse, juste une petite tache rouge – et si ça se trouve, c’était du feutre ! Si vous saviez combien d’enfants tombent tout seuls au cours d’une récréation !), ne vivent plus, c’est possible : gardez-les sous cloche à la maison. Ne les mettez pas à l’école !

L’école où on reste assis 6h par jour, où on punit bêtement tous ceux qui sortent du rang, parlent ou regardent le voisin de travers, c’est fini depuis plus de 100 ans ! L’école du 19e siècle, avec les coups de règles et de bâton, ça ne marche pas ! Maintenant, monsieur le père de famille, si je pouvais, je vous laisserais ma classe de 25 enfants de 4 ans pendant juste 30 minutes ! Et je vous demanderai des comptes quand vous n’aurez pas réussi à obtenir le silence, à faire l’appel, à leur faire apprendre quelque chose, à empêcher Hector de tirer les cheveux de Zazie, à surveiller Emma pour l’empêcher de se renverser le pot de colle sur le pantalon et à retenir les aspirations artistiques de Jules pour le bodypainting à coup de feutre noir …

Parce que je suis sûre que vous n’y arriveriez pas (surtout en criant et en menaçant ! Ce qui semble être votre mode de fonctionnement…)

Et puis non, flûte ! Vous ne me gâcherez pas ma si belle journée ! Voilà ce qu’ils ont fait vos enfants, aujourd’hui ! Ils ont découvert Nils Udo et ont fait de l’art ! Et c’est magnifique !

L’oeuvre sans les feuilles…

Et finie avec les feuilles !