Bonne année 2020 !

Cela fait dix ans que j’ai commencé à écrire.

L’année nouvelle est là, et, avec elle, les bonnes résolutions. Je suis résolue, cette année, à reprendre ce blog de manière plus régulière.

J’ai arrêté le blog, il y a longtemps, j’ai supprimé ce que j’avais écrit car ce n’était qu’une suite d’avis personnel, de conseils, de jugements. Je me perdais dans le blog alors que j’aurais dû me concentrer sur l’écriture de textes littéraires. Mais à chaque fois que j’y revenais, avec une envie sincère, je me rendais compte que mes avis m’ennuyaient, mes conseils me paraissaient impérieux, mes jugements inutiles…

Je reviens donc vers ce blog avec une autre envie : vous faire partager mes écrits. Je vais ressortir de mes caisses de vieux textes, j’espère en écrire de nouveaux aussi. Que de la fiction, plus aucun article de blogueuse, mais des exercices littéraires, des micros-nouvelles…

Parce que les gens lisaient mon blog, mais n’allaient pas lire mes livres…

Last day of June (Switch)

Ce sont enfin les vacances ! Et comme j’ai besoin de m’évader un peu, j’ai fini par craquer et acheter (en attendant Luigi’s Mansion 3 la semaine prochaine) un jeu que je reluque depuis que j’ai ma Switch :

Last day of June de Ovosonico

L’histoire

June et son mari vont faire un pique-nique. Il se met à pleuvoir, ils rentrent en voiture. Sur le chemin, ils ont un accident.
Tu te réveilles dans la peau du mari, paralysé, et June n’est plus là. En visitant ta maison, tu as des visions « fantomatiques » et tu pars dans les souvenirs pour essayer de changer les choses. Si tu y parviens, tu passes au niveau suivant.
Voilà !

La map

Les couleurs du paysage sont automnales, le temps aussi : le soleil de 19h est très bas, le vent, la pluie… On est clairement en automne. Ironie car le titre pourrait laisser penser que c’est le dernier jour de juin (dommage d’ailleurs de ne pas avoir joué sur ce jeu de mots et laisser les joueurs en suspens : June était-il un prénom ou le mois ?) C’est agréable de s’y promener, même si on tourne vite en rond : elle n’est pas grande et il faut parvenir à ouvrir les portails et différents accès pour la parcourir en entier, c’est ce qui est le plus dur. Il y a bien un plan, mais je n’ai pas vu l’intérêt de ce dernier (ce n’est pas assez grand pour s’y perdre). En plus, lorsque l’on est dans les souvenirs, on ne peut pas entrer dans les maisons et c’est dommage.

Ici ou là, on trouvera des sphères flottantes qui s’activent selon les différents personnages. Il y en a 20 et le décompte vous permet de savoir où vous en êtes. De plus, la tête du perso qui l’active est affichée dessus : il ne reste plus qu’à reprendre le bon perso pour le récolter. C’est une « quête secondaire » puisqu’on peut finir le jeu sans en collecter aucune.
Ce sont des souvenirs qui vous aident à comprendre le background des différents perso si vous êtes intéressés par l’histoire.

Lorsque tu interprètes le mari, tout est noir et déprimant et tu ne peux aller que là où les souvenirs veulent bien t’emmener (son fauteuil roule super bien dans les petits chemins de terre caillouteux, mais heureusement pour la cohérence, ne passe pas les escaliers !)

Les personnages :

Les personnages ne sont pas nombreux. On en compte six que l’on incarne à tour de rôles. C’est assez beau, même si le côté visages sans yeux m’a un peu choquée (ça donnait un petit côté Tim Burton, alors qu’on est dans un univers assez lumineux et pas du tout lugubre).
La voisine se tortille en marchant (c’est pire si on la fait courir) mais à part ça, les mouvements sont assez fluides.
Petit bémol : les personnages passent leur temps à faire des bruits (rire, glousser, grogner) sans que jamais une parole réelle ne soit prononcée. Je comprends que ça permet d’éviter les traductions pour les différentes langues (à part le menu qui ne possède que 4-5 mots), mais quand tu tournes en rond avec le gamin et qu’il passe son temps à rire alors que ça fait 15minutes que tu cherches comment tu vas changer le cours de choses… c’est assez énervant.

La maniabilité

Il y a très peu d’options niveau jeu, on utilise à peine trois boutons : A pour l’action requise, B pour sortir et Y pour se souvenir… mais vu qu’à part à un ou deux moments, il n’y a jamais 2 actions possibles en même temps, un seul bouton aurait fait l’affaire. A cela on ajoute le stick gauche pour déplacer le personnage, le stick droit pour l’orientation de la caméra (si on veut, mais elle suit naturellement le personnage… sauf si vous souhaitez regarder un peu plus le paysage, ça ne sert pas des masses)
Astuce : en appuyant sur R le personnage peut trottiner (sauf s’il porte un paquet lourd)

Et aucun bouton pour passer les cinématiques… Heureusement, après les avoir vu deux ou trois fois, le jeu a pitié et te les écourte.

La difficulté

Disons que la difficulté est réduite au maximum. C’est un PEGI 7ans et un enfant de 7ans peut y arriver, voire un gamin de 3ans (vu que tu n’as pas de truc inutile à faire, tu cherches où tu dois agir et tu agis…)

Il m’est arrivé de buter sur une énigme un peu plus longtemps que sur une autre, mais ça ne m’a pas pris des heures non plus ! Je l’ai fini en moins de 3h en ayant récupéré quasiment tous les souvenirs (il m’en manque un seul).

Les énigmes sont… binaires. En gros, pour finir un niveau, tu as deux options : solution A ou solution B. C’est la combinaison des différents options qui fera que l’accident se produira ou pas (et que tu pourras passer au niveau supérieur). Originalité : il faut parfois revenir en arrière pour changer la solution d’un niveau et avancer. Après il n’y a que 3 réels niveaux, le dernier étant un niveau que tu refais en boucle jusqu’à ce que la fin soit satisfaisante (pour le jeu).

Mon avis

J’avais entendu parler de ce jeu en des termes assez laudateurs : très beau, poétique, captivant, intense, avec des énigmes, un véritable parcours sur le deuil… C’était d’ailleurs pour cette dernière raison que je m’étais tourné vers Rime au premier abord.

Sur 4 niveaux où tu comprends assez vite que 1) c’est le déni, 2) c’est le marchandage/compromis, 3) c’est la colère et 4) la tristesse (celui-là plus que les autres, vu qu’on entend des pleurs tout du long). C’est un peu du martelage des étapes du deuil.

Les niveaux sont vraiment courts : tu comprends vite ce que tu dois faire, même s’il faut parfois du temps (5minutes max) pour comprendre comment y arriver.

La fin est prévisible, tu devines vite ce qui va arriver (bon au moins tu n’es pas déçu.e) et même au niveau 4, le twist qui se prépare est déjà une évidence (oh comme c’est étonnant !) Bref, sans trop dévoiler, on comprend rapidement l’histoire si on a vu quelques séries ou jouer à quelques jeux sur le thème du deuil.

C’est moins un jeu qu’une histoire interactive.

Du coup, est-ce que ça vaut vraiment 20€ ? Sachant que je n’ai pas forcément envie d’y rejouer car il n’est pas difficile (ou alors pour voir si je peux avoir une autre fin… mais j’ai des doutes) : l’ambiance est agréable, sans être enivrante ou hypnotique (comme dans Ico ou Rime), du coup, l’envie d’y passer à nouveau des heures n’est pas évidente surtout sur une map aussi petite.

Pour Rime, rien qu’en te focalisant sur l’intrigue principale, tu y passes facilement 3h30, et tu peux explorer des maps immenses et différentes à chaque niveau, relever les défis, trouver tous les éléments cachés pour allonger le temps de jeu. L’intrigue est moins évidente, le twist final plutôt inattendu. Alors que là, c’est 3h pour une première partie avec tous les objectifs atteints…

Après, je ne regrette pas l’argent que j’y ai mis : c’était agréable à jouer et c’est un éditeur indépendant. Mais plus cher, j’aurais été extrêmement déçue, c’est sûr (et j’aurais pu me sentir flouée par les développeurs).

Last day of June est un jeu d’énigmes indépendant disponible sur PS4, Switch et PC.

Une si belle journée…

Une super journée… J’ai fait du Land Art avec une classe de Petite-moyenne section (3-4 ans). Ils étaient à fond, ils ont bien participé, consciencieux, attentifs… Sérieux, j’étais contente ! Les gamins étaient ravis, moi aussi, l’atsem aussi. Bref, une belle journée de travail !

Et voilà qu’à la sortie, un père m’agresse verbalement parce que son fils a été « agressé » (il avait une petite tache rouge sur le cou, sous le t-shirt et n’est jamais venu se plaindre de rien du tout de toute la journée !), me tient la jambe pendant 10 min parce que je suis responsable de son fils et que j’aurais dû empêcher cette « agression » et qu’en plus, son pantalon est couvert de craies et que je lui parle mal, que c’est un scandale.

J’ai juste répondu « je ne sais pas, il n’est pas venu m’en parler. » à sa question sur l’agression, ceux qui me connaissent savent que j’évite toute confrontation, et même l’atsem a trouvé que je n’avais jamais été agressive (alors que lui, bon…), bref, je l’ai renvoyé vers la directrice (absente jusqu’à jeudi… mais je ne le lui ai pas dit !)

10 minutes pour gâcher une belle journée ! MERCI !

Alors à tous les parents : OUI il arrive que vos enfants se frappent et on ne peut pas toujours les en empêcher : ils sont 25-30 par classe, 90 qui courent dans tous les sens pendant la récréation. Même avec 5 adultes dans la cour, impossible d’empêcher un coup de pied ou une morsure, car ça va trop vite ! On ne peut parfois que gérer l’après-coup et c’est la vie !

OUI vos enfants se salissent : ils jouent dans la cour (il y a de la terre, de la boue, de l’eau), ils apprennent à faire de l’art (des feutres, des craies, de la peinture, de la pâte à modeler), à coller, à découper : ça implique de se salir un minimum !  (même adulte, je me mets de la peinture partout quand je peins… alors imaginez un enfant de 3-4 ans qui sait à peine tenir un pinceau ! C’est un miracle quand on arrive à faire une séance de peinture sans qu’il y en ai sur les murs !)

Cela prouve qu’ils vivent ! Qu’ils apprennent !

Alors si vous voulez que vos enfants ne se salissent pas, restent des petites poupées propres et toutes jolies, ne se confrontent pas aux autres enfants (blessé… ah, ah ! c’était même pas une bosse, juste une petite tache rouge – et si ça se trouve, c’était du feutre ! Si vous saviez combien d’enfants tombent tout seuls au cours d’une récréation !), ne vivent plus, c’est possible : gardez-les sous cloche à la maison. Ne les mettez pas à l’école !

L’école où on reste assis 6h par jour, où on punit bêtement tous ceux qui sortent du rang, parlent ou regardent le voisin de travers, c’est fini depuis plus de 100 ans ! L’école du 19e siècle, avec les coups de règles et de bâton, ça ne marche pas ! Maintenant, monsieur le père de famille, si je pouvais, je vous laisserais ma classe de 25 enfants de 4 ans pendant juste 30 minutes ! Et je vous demanderai des comptes quand vous n’aurez pas réussi à obtenir le silence, à faire l’appel, à leur faire apprendre quelque chose, à empêcher Hector de tirer les cheveux de Zazie, à surveiller Emma pour l’empêcher de se renverser le pot de colle sur le pantalon et à retenir les aspirations artistiques de Jules pour le bodypainting à coup de feutre noir …

Parce que je suis sûre que vous n’y arriveriez pas (surtout en criant et en menaçant ! Ce qui semble être votre mode de fonctionnement…)

Et puis non, flûte ! Vous ne me gâcherez pas ma si belle journée ! Voilà ce qu’ils ont fait vos enfants, aujourd’hui ! Ils ont découvert Nils Udo et ont fait de l’art ! Et c’est magnifique !

L’oeuvre sans les feuilles…

Et finie avec les feuilles !

Mon fils me donne une leçon sur le sexisme

Depuis plusieurs semaines, mon fils refuse de se couper les cheveux, ça commence à lui faire une masse conséquente (genre casque) et, bien sûr, ses cheveux lui tombent dans les yeux.

Il nous réclamait donc un serre-tête depuis pas mal de temps. Ce n’est pas que nous trainions les pieds, mais bon, j’aime pas faire les boutiques et trouver une boutique avec des serres-têtes, ça implique d’aller soit en ville (trop de monde), soit dans une galerie commerçante (trop de monde aussi) avec, en plus, ledit fils pour qu’il puisse choisir (ce qui veut dire pas pendant les horaires scolaires, ce qui veut dire le soir ou le week-end… ce qui veut dire encore plus de monde ! je vous ai dit que je n’aimais pas quand il y avait du monde quelque part ?)

Bref, l’autre soir, on a quand même dû aller racheter des pantalons aux deux grands (la faute à leurs fesses bioniques qui usent trop vite les vêtements) et on en a profité pour aller dans une galerie commerçante. Avec, miracle, un vendeur de barrettes, chouchous et serres-têtes ! Bref, Numéro Deux a passé 10 minutes à essayer un peu tout (j’avoue avoir fortement orienté son choix sur un serre-tête neutre et discret… peut-être n’aurais-je pas dû, mais bon c’est mon fils, j’ai pas envie qu’on le castagne à la récré parce qu’il a mis un serre-tête avec des papillons à paillettes, d’autant qu’il est du genre à subir en silence et à tout prendre mal…) Du coup, il en a pris un marron qui fait un peu « peigne » et donne un effet ondulé.

Bref, ça lui va bien, il ne l’a pas quitté depuis qu’on l’a acheté (je le soupçonne de s’endormir avec…)

Mais j’avais quand même un peu peur pour le collège qui n’est pas peuplé par des population forcément habituée à toutes les excentricités… Mais aucune nouvelle, rien, tout avait l’air de bien se passer.

Après une semaine, j’avoue à mon homme être impressionnée parce que Numéro Deux ne semble pas avoir eu de remarque désobligeante à cause de son serre-tête. C’est là que Numéro Deux nous sort qu’il lui a bien eu une remarque de la part d’une fille, comme quoi « Un serre-tête, c’est pour les filles » ce à quoi mon garçon a répondu que sa remarque était sexiste et qu’il avait le droit de porter une serre-tête s’il le voulait. Il a tellement bien argumenté que la fille en question lui a donné raison à la fin. Bref, mon fils a su assumer son choix !

Et cette manière d’assumer, m’a fait réfléchir à la manière dont j’avais abordé le problème. Au départ, l’idée du serre-tête était un peu une blague (j’aurais préféré qu’il se coupe les cheveux…) mais petit à petit, elle s’est imposée à lui comme une évidence. Moi, je ne trainais pas les pieds, mais j’avais quand même une petite appréhension. Le collège est un milieu dur à vivre, celui dans lequel il va n’est pas dans un quartier huppé, clairement, ces camarades ne sont pas des tendres. Comme il s’est pris des remarques à cause de son frère en début d’années (Numéro Un se fiche de tout ce qu’on peut dire ou penser sur lui, du coup, il passe pour un type « bizarre » parce qu’il joue et parle tout seul dans la cour… et qu’il ne joue pas à Fortnite, bouh ! La honte !), j’avais un peu peur de ce qui allait se passer avec cette histoire de serre-tête.

C’est plus ma propre peur, mes propres visions des choses (pas qu’un serre-tête soit une affaire de « fille », mais que d’autres puissent le lui faire remarquer, voire payer) qui ont joué dans cette affaire. Finalement, j’ai l’impression que j’ai peut-être rajouté une couche (en orientant son choix vers un serre-tête neutre plutôt qu’un à fleurs en faux diamants…), alors que si c’est son choix, je devrais le soutenir à fond. Et en même temps, s’il était arrivé avec un serre-tête à fleurs, cela aurait peut-être été beaucoup moins accepté par ces camarades. Je ne sais pas, c’est ça le pire. Mais ce que je sais c’est que le prochain serre-tête, il prendra celui qu’il voudra (bon ok, pour le serre-tête licorne, on verra parce que je ne suis pas sûre qu’en classe, ça ne dérange pas le voisin de derrière… mais je sais qu’il assumera son choix et ça, à 11 ans, c’est déjà énorme).

Les jeux vidéos sur le deuil

L’année dernière, vers le mois d’avril, alors que mon moral n’était pas au plus haut, j’ai décidé de me faire un très beau cadeau d’anniversaire.

J’ai donc sauté le pas et j’ai décidé d’acheter une switch. S’est alors posée la question d’un jeu à acquérir avec ladite console. Il faut savoir que j’adore les jeux d’aventures avec des énigmes, mais je suis beaucoup moins portée sur les univers RPG ou jeux de baston. A l’époque, je venais de redécouvrir ICO qui, malheureusement, n’existe pas sur Switch.

J’ai donc cherché des jeux similaires. Il faut avouer que ce n’est pas évident de trouver quand cela fait 20 ans qu’on a arrêté de s’intéresser aux sorties de jeux vidéos et que de toute façon, on a toujours eu des jeux PC. Le choix était assez restreint : un jeu qui soit beau, jouable, avec une vrai ambiance et de beaux graphismes… et qui en plus ne soit pas un RPG !

Mon premier choix s’est porté sur le jeu Last day of June mais rapidement, je me suis dit qu’un jeu sur le deuil et la mort, dans mon état dépressif, ce n’était pas forcément le plus indiqué… J’ai donc choisi RIME.

Je laisse ceux qui ont fini RIME apprécier l’ironie de ce choix…

Fanart du jeu RIME

RIME est un jeu que je qualifierais d’ICO-like. Il est évident qu’il est fortement influencé par le jeu de Fumito Ueda. On débarque sur une île, on joue un petit garçon (qui ressemble vraiment à Ico), on se balade dans un univers avec des décors magnifiques, pas beaucoup de musique, le bruit de la mer, les oiseaux… C’est plus coloré, mais ça reste tout aussi magique.

Après RIME, j’ai découvert le store de la switch et une tripotée de jeux indépendants. J’ai joué à Oxenfree (plusieurs fois pour vivre toutes les versions possibles), à Goetia (un peu déçue car c’est très statique), à Old’s man journey (très déçue : le texte te le présente comme un voyage initiatique vers le deuil, mais en gros, tu fais toujours la même chose : trouver comment passer le paysage pour continuer le voyage, sans modification de la difficulté, il n’y a pas d’histoire et c’est très court. Je ne l’ai pas payé cher et j’ai quand même eu l’impression d’avoir trop payé… :/ )

Et l’autre jour, j’ai testé la démo d’un jeu sur la dépression Drowning (jeu… tu avances et le texte défile, même si le paysage est beau, tu ne peux pas t’écarter du chemin… en tout cas dans la version démo)

Bref, les premiers jeux que j’ai acheté pour ma console parlait tous du deuil, de la mort, de sujets pas très joyeux… Et je me rends compte à quel point l’univers des jeux vidéos s’est enrichi en terme de sujets depuis mon enfance (Aaaah Duck Hunt !). Je dis pas que les jeux « sérieux » n’existaient pas, mais c’était plutôt des jeux pour nous apprendre des choses (Versailles, Gabriel Knight, Les chevaliers de Baphomet…) ça sortait du quotidien et ça tournait autour d’énigmes historiques, avec des traits d’humour partout. Rien de vraiment « grave ». Les jeux vidéos restaient des jeux, on devait s’amuser (et donc rire…).

Même ICO, c’était très beau. Dès que tu passes la difficulté des ombres (qui te fait hurler contre « coconne »), tu peux y passer un bon moment, mais le personnage n’a pas d’évolution psychique, n’a pas d’histoire personnelle, il n’a qu’un but : sortir de là avec sa copine. Rime, ton personnage évolue, tu découvres son passé, son histoire. Oxenfree, tu peux jouer ton personnage comme tu l’entends, et chaque histoire refaite apporte de nouveaux éléments, Goetia fait découvrir le deuil des autres et tout ce qu’ils sont prêts à faire pour ramener les êtres disparus. Il y a une profondeur qu’il n’y avait pas dans ICO.

Et en même temps, dès que je tombe sur un jeu un peu intéressant… BOUM ! Deuil, mort… Par exemple, un autre jeu que j’ai acheté : Super Chariot. Alors, je ne dit pas, il n’est en rien comparable aux jeux que j’ai cités plus haut : c’est un jeu de plateforme, très drôle, avec des tas de choses à trouver dans tous les coins (un peu comme les Mario récents), mais bon c’est quand même l’histoire d’une fille qui trimbale le cercueil de son père pour lui trouver une sépulture !

J’ai un peu l’impression que les jeux sur le deuil sont à la mode (régulièrement quand je lis les descriptions, les « jeux sur le deuil » sont assez nombreux – parfois sur des jeux de types tétris… non mais sérieusement ?) et que ça donne l’impression que son jeu aura plus d’achat s’il a un peu plus de profondeur (ce qui, par exemple sur Old man’s Journey ne se justifiait pas, le type pourrait être le petit chaperon rouge ou un bête randonneur, ça serait pareil ! le vendre comme un jeu initiatique sur le deuil, c’est tout simplement prétentieux…)

Je vous rassure, après j’ai joué à Mario Odyssée, je viens de finir Yoshi’s Crafted world et j’attends Luigi’s Mansion 3 avec hâte, je ne fais pas que des trucs morbides et déprimants !

Et je n’ai toujours pas acheté ni joué à Last Day of June

Quelques nouvelles

Presque un an depuis le dernier post (et combien depuis que ce blog est presque mort… Ah, je n’ose même pas compter !)

Alors mon tableau en est toujours au même point (presque, je dirais qu’il a une dizaine d’heures à son actif donc il a l’air un peu plus fini mais je n’y ai pas retouché depuis juillet dernier…)

Mon moral est fortement remonté (j’ai changé d’environnement de travail, avec des collègues qui encouragent, félicitent et trouvent que je bosse bien… franchement, c’est le jour et la nuit par rapport à l’année dernière) et même si je stresse encore énormément (le défaut d’être à l’essai…) je commence à lâcher prise : la preuve, nous sommes samedi après-midi et je ne suis pas en train de préparer mon boulot pour lundi !

Bref, ça va beaucoup mieux au niveau personnel. Et l’envie de reprendre ce blog me tient. Bon pas 3 posts par jour comme au temps de la belle époque, pas le temps, je bosse moi ! Mais un ou deux posts par semaine, ça serait déjà pas mal. D’autant qu’il faut que je me remette à jour sur WordPress (il y a un tas de trucs nouveau dans l’interface, je suis un peu perdue…)

Par contre, je ne sais pas du tout dans quelle direction il va aller… On verra bien !

A bientôt !

Travail en cours…

Le dessin était prêt depuis deux ans… Il a fallu du temps pour que je m’y mette ! Du temps et surtout le besoin de faire quelque chose pour me remonter le moral et me rendre compte que je ne suis pas nulle, ni incapable (que ceux qui le pensent seraient bien incapables, eux, de faire ça !)

Voilà l’état du travail après un peu plus de 4 heures de boulot.

L’extase de Sainte Cécile par Raphaël

Copie de L'extase de Sainte Cécile par Raphaël
État de la copie après 4h de travail

Quelques erreurs de couleurs (le ciel en cyan par exemple) et de dessin, mais vu que je n’avais pas touché de pinceau depuis des années, c’est pas trop mal je dirais !

Harry Potter 8 (la pièce, pas le film)

J’ai donc fini par mettre la main sur un exemplaire de la pièce Harry Potter et l’enfant maudit à la bibliothèque.

Je l’ai lu en deux heures (l’avantage des pièces de théâtre, ça se lit vite) et… bon, j’ai vu après que ce n’était pas une pièce écrite par J.K. Rowling, mais d’après une nouvelle qu’elle aurait écrite.

D’où mon sentiment d’avoir lu un truc dérivé d’un univers vaguement Potteresque écrit par des scénaristes de série américaine (et pas les meilleurs).

Avec des tas de trucs qui clochent, comme si les auteurs n’étaient pas des fans et avaient juste repris des points. J’ai peut-être lu un peu vite, mais : comment peuvent-ils réaliser du polynectar en quelques minutes, comme ça en claquant des doigts ? Alors que ça prend un mois à Hermione dans le tome 2. Sans parler de l’usage qui en est fait…

Les dialogues sont… traduits. Ok, mais en version originale, je doute qu’ils soient d’une exceptionnelle qualité vu la traduction qui en a été faite. Ils sonnent faux et se veulent très profonds (relation difficile père-fils, difficulté à devenir soi-même quand on est le fils de…), d’une profondeur qu’ils ne peuvent atteindre puisqu’il faut faire avancer l’histoire : soit on fait une pièce qui bouge et on a des personnages simples, presque caricaturaux, soit on fait une pièce qui réfléchit et là, on limite les actions et on laisse le temps aux relations de se mettre en place et aux personnages de s’installer ! Et puis, quoi, les gamins ont 15 ans, et se comportent comme s’ils avaient 10 ans ! A 15ans, on sait réfléchir un minimum, non ?

En gros, c’est du fan service : On voit réapparaitre les personnages « chouchous » : Dumbledore, Snape/Rogue, Ombrage… On imagine des tas de versions différentes, sur ce qui aurait pu se passer si… (Hermione façon Martine) Mais aucune n’est vraiment satisfaisante. Au final, il aurait bien mieux valu une histoire complètement différente qu’un remix des bouquins, à mon avis.

Sans parler de l’histoire complètement délirante de l’Augurey (appelons ce personnage comme ça pour ne pas spoiler l’histoire à ceux qui voudraient la lire) et qui trahit une incompréhension totale de la relation qui unit Bellatrix Lestrange à Voldemort (et de Voldemort lui-même ! il est l’unique, le plus grand, le meilleur, il ne pense qu’à lui, il méprise Bellatrix !) et du retourneur de temps qui ne marche que 5minutes à chaque fois… sauf pour la dernière scène !

Je passe sur la scène devant le Magenmagot qui tient du total WTF ! Imaginez un peu que Mme Macron, Mme Philippe et le meilleur ennemi d’enfance de Macron se mettent à dire ce qu’ils pensent à l’Assemblée Nationale sans que personne ne trouve ça anormal, c’est ubuesque (malheureusement, ce n’est pas de la qualité d’un Jarry…)

Et un truc qui m’horripile, ce sont les didascalies qui interprètent les sentiments des personnes, du public, de l’ambiance… Une didascalie, ça décrit les mouvements, les attitudes, mais pas l’émotion intérieure d’un personnage ! Laissez au moins ça au metteur en scène !
On écrit « Le public pousse un cri de stupéfaction » et pas « Le public est stupéfait » !

Je sais que J.K.Rowling a adoubé cette pièce, mais je trouve que c’est mauvais. Après, avec les effets spéciaux, la musique, les éclairages, ça peut, peut-être, vous donnez l’impression de passer 2h sympa… Mais c’est pas la pièce du siècle.

Nuit blanche

Le noir envahit tout. Les yeux grands ouverts dans l’obscurité, je cherche désespérément un point d’éclairci, une lueur qui brillerait à travers le volet mal fermé, sous la porte close… mais rien. Tout est noir et les yeux grands ouverts, je ne vois pas la moindre lueur d’espoir.

Autrefois, j’écrivais souvent la nuit. Je me réveillais, les idées vagabondaient puis une en particulier me saisissait et je devais l’écrire. J’ai passé beaucoup de nuits blanches à écrire.

Et puis, la muse m’a quittée, l’inspiration s’est tarie… J’ai cessé de me réveiller la nuit pour ça. J’ai arrêté d’être écrivaine, je me suis dit que ce n’était plus pour moi. Mais en y réfléchissant, j’ai arrêté beaucoup de choses à ce moment-là. Tout ce qui me bouffait, il est vrai, j’en avais besoin, mais aussi des tas de trucs qui m’avaient pourtant fait du bien…

J’ai eu un autre grand projet. J’ai toujours fonctionné comme ça, par « grand projet ». Cela impliquait tellement d’investissement, mes grands projets, de cela me bouffait tout : le temps, l’énergie, les pensées. Je me retrouvais, monomaniaque, à ne faire plus qu’une chose, dans un seul but… Et je n’y arrivais jamais assez. Trop idéalisé, vite fatiguée, je n’avais pas d’alternative.

Depuis presque deux ans, je suis dans un nouveau projet… et me voilà, pour une nuit encore, dans le noir.

J’ai trente-cinq ans, dans quelques mois, j’ajouterai une bougie sur mon gâteau et où en suis-je ? J’ai une famille, j’ai fait des tas de trucs de ma vie… et j’ai l’impression de n’avoir rien au final, je marche sur du sable gorgé d’eau, petit à petit, je m’y enfonce.

Je suis cyclothymique : je passe d’un enthousiasme débordant à des moments de désespoir. Je le sais, je dois m’en sortir, attendre que ça passe. Bientôt, ça ira mieux. Bientôt, je serai à nouveau combattive, à nouveau, j’aurais envie de me lever, d’aller me battre pour mon projet. Mais quand ?

Ce projet, c’était pour apporter de la stabilité à ma famille, à ma vie, pour soulager mon compagnon qui supportait depuis des années à lui seul notre train de vie. « Train de vie » est un bien grand mot, depuis longtemps, les aides de l’état étaient plus importantes que ces revenus à lui, qui déclinaient. Mais je trouvais ma vie vide et sans intérêt. Je n’écrivais plus, je passais mes journées à ne rien faire d’intellectuellement réjouissant, il me fallait un « nouveau grand projet ».

Un jour, je me suis dit que j’allais trouver du travail, que j’allais passer un concours. Au bout d’un an à bosser, je l’ai eu. Ce n’était pas gagné, ce n’était pas agréable, mais je l’ai eu. J’ai commencé à bosser, à me noyer. Du moins je le croyais. En fait, je me noyais depuis longtemps. Depuis le jour où j’avais cessé de créer. Étudier, lire des bouquins, recracher des textes, ça permet d’éviter de penser, de penser réellement. Et c’est ce qu’il me fallait sans doute.

J’arrive à presque la moitié de ma vie et je n’ai pas encore eu de boulot fixe. Je suis passée par le concours car c’était un moyen d’éviter les entretiens d’embauche, la concurrence du privé. Je ne suis pas quelqu’un d’agréable au premier abord. Je peux donner le change, certes, mais cela me coute énormément d’énergie. Parler pour ne rien dire, être agréable juste pour paraitre, si je n’y vois pas d’intérêt autre que le paraitre, je ne peux pas. Je n’ai jamais eu d’emploi fixe, je n’ai été salariée qu’une seule fois : étudiante, je gardais des enfants. Je n’étais pas dans une entreprise, j’étais assez libre dans mon travail.

L’argent est le nerf de la guerre… mais en fait, je m’en fiche. Oui, tous les mois le salaire tombe. Bien plus important que ce que nous avions avant. Mais est-ce que cela fait une différence ? Pour moi qui aie toujours géré les comptes, non, je ne trouve pas. Certes, il y a plus sur le compte à la fin du mois, certes, nous n’avons plus à compter chaque centime et à traquer les promotions pour gagner un peu d’argent… Je n’aurais plus le temps de toute manière : mine de rien, je faisais beaucoup plus de choses à la maison, quand je ne travaillais pas.

Mais je me rends compte que je ne peux pas continuer comme ça : un grand projet, ça finit toujours par retomber. Parce que l’enthousiasme ne dure pas, que la fatigue me prend et que la reconnaissance ne vient pas.

C’est évidemment ça qui me choque le plus : la reconnaissance, le mérite. Ai-je mérité quelque chose ? J’ai bossé toute ma vie, mais pas au sens rémunérateur : j’ai bossé à tenir mon foyer, à élever mes enfants, à créer des entreprises, à passer des nuits blanches pour mes grands projets, à y laisser un temps considérable. Mais jamais la reconnaissance n’est venue, pire que ça, jamais l’argent n’a suivi. Car c’est bien le nerf de la guerre : si, après tout le temps et l’énergie investie, l’argent venait, si je pouvais en vivre, je pensais que je pourrais continuer.

C’est ce qui a toujours fini par m’épuiser, avant, le fait que j’avais beau me démener comme une diablesse, au final, je n’avais ni reconnaissance, ni moyens financiers. Au bout d’un moment, on jette l’éponge pour ne pas perdre la boule.

Mais là, l’argent est là… il tombe tous les mois. L’incertitude par contre, puisque je ne suis pas titularisée, puisque je suis en période d’essai, stagiaire virable à merci, et la reconnaissance, non. Et je pense que c’est ce qui me manque : la certitude et la reconnaissance. On ne voit pas mes efforts, on m’assomme, on me dit que je ne suis pas faite pour ça, que je ne corresponds pas à une image qu’ils veulent de moi. C’est l’incertitude qui me tue, finalement. J’ai passé presque vingt ans de ma vie dans l’incertitude, et je n’en peux plus. J’aimerais juste que ça cesse…

Nous mourrons zen nous zaimant (article très long)

Du temps où j’habitais à Paris, j’ai souvent assisté à des opéras à Bastille. De très belles productions, des émotions fortes, des trucs qu’on ne voit pas ailleurs… D’ailleurs, l’opéra Bastille est une de mes salles préférées : seuls ceux qui ont déjà pénétré dans la salle sauront de quoi je parle : cosy, apaisante et surtout l’impression d’être en petit comité malgré l’immensité de la salle. Les photos ne transcrivent pas cette ambiance si particulière.

Depuis que je ne vis plus à Paris, je me rabats sur un opéra municipal de province, ce qui a des avantages (une volonté municipale forte d’encourager la création artistique, ce qui permet d’avoir une grosse programmation en création et musique contemporaine) et des inconvénients (disons que les mises en scènes et les créations artistiques sont assez inégales, quant au placement, il est aléatoire tant niveau assise que visibilité)

Du coup, je me tourne à nouveau vers les opéras en vidéo. Cette année, le Don Carlos de Verdi en version originale de Grand Opéra (comprenez en 5 actes et en français) c’est la grosse production de la rentrée à l’opéra de Paris : diffusé en direct dans les cinémas UGC, en léger différé sur Arte et disponible sur Arte Concert.

Don Carlos transformé en pâle copie de Werther

C’est sur Arte Concert que je l’ai récupéré. J’ai commencé à le regarder sans lire aucune critique avant. J’ai arrêté au début du deuxième acte… et je suis allée voir les critiques, histoire de m’épargner 3h de torture pour 5minutes de grâce.

Don Carlos en français, c’est un de ces opéras dont je collectionne les versions (je dois en avoir 3 ou 4 dans mes cds, ce qui est assez conséquent quand on sait que la version française en 5 actes n’est quasiment plus jamais jouée), du coup, j’en attends beaucoup.

Ici, j’ai été assez déçue. La mise en scène d’abord… J’apprends qu’à la première, le metteur en scène a été sifflé. Je comprends pourquoi. Il a transformé un Grand opéra avec des intrigues politiques importantes en Werther bis.

Acte 1:

J’ai mis du temps à comprendre que Carlos était en train de se souvenir de sa première rencontre avec Elisabeth et non de la vivre en vrai. Je ne voyais pas pourquoi Elisabeth était en mariée blanche, pourquoi Werther-Carlos découpait des journaux et s’était tailladé les poignets. Bref, si tu ne connais pas l’histoire, tu as un peu de mal à raccrocher. C’est con mais j’apprécie que les metteurs en scène pensent à ceux qui n’ont jamais été voir un opéra et qui ne lisent pas le résumé avant (à Bastille, le programme est payant, donc tout le monde ne lit pas les délires du metteur en scène avant la séance)

Bon, disons, pourquoi pas… Mais du coup, niveau vocalise, ce n’est pas du tout la même interprétation : dans la version originale, Carlos et Elisabeth sont naïfs, ils se croient fiancés, ils sont maladroits, tombent amoureux… Dans la version de Bastille, Carlos hurle son désespoir en disant qu’il l’aime… c’est un choix, mais à hurler comme ça dès le départ, il faut arriver à suivre pendant les 3h suivantes sans lasser.

D’accord, on est à Bastille, la salle est grande, l’acoustique pas forcément très bonne, mais de là à crier ! Dans cette même salle, j’ai entendu Bryn Terfel finir une sérénade Don Giovanni en murmurant ! Et je n’étais pas au premier rang… C’est possible de chanter en nuançant un peu.

Donc j’ai fini par mettre la mise en scène en veilleuse et l’opéra en arrière plan pour me concentrer sur la musique. (et ce que je voyais à chaque fois que j’y jetais un œil m’horrifiait…)

Je passerai sur les décors sans âme et les costumes… ok, c’est un genre de transposer une époque à une autre… mais bon, il faut aussi tenir compte des physiques des chanteurs : difficile de faire passer Jonas Kaufmann pour un jeune étudiant anglais avec son pull col en V, et le costume mal coupé de Terzier.

Trop de voix, mal assorties…

J’ai du mal avec Jonas Kaufmann. Oui, c’est the ténor en vogue en ce moment, mais j’ai du mal à apprécier son timbre de voix (je les aime plus clairs quand il s’agit de ténors). Je reconnais qu’il chante distinctement, qu’on comprend ce qu’il dit et on lui pardonne (comme à tout chanteur qui sait articuler le français) un léger accent qui ressort sur certain mot. C’est le jeu de l’opéra. Mais là, j’avoue avoir eu du mal avec son chant trop dans l’excès romantique à la Werther.

Jonas Kaufmann, je l’ai découvert dans Werther, justement, qu’un ami m’avait offert en dvd. J’ai mis du temps à le regarder parce que, bon, Werther, c’est longuet… Opéra romantique avec des grandes plages de musique et assez peu d’air à proprement parler. Et là, j’ai eu l’impression que c’était pareil : Carlos en Werther qui aurait raté son suicide… Alors que les personnages sont totalement différents : l’un est dans le désespoir total parce que sa Charlotte a épousé par devoir un autre type, l’autre tente de sortir de sa dépression, de se prendre de passion pour la politique, pour la justice, parce que son Elisabeth a épousé un autre type par devoir. Donc grosso modo la situation de base est la même, mais leur réaction est à l’opposé. Carlos veut s’en sortir, il s’en donne les moyens ! Pas Werther… (et c’est en ça qu’il est absolument infect) Ici, on est réduit à un clone de Werther qui chougne dès le départ.

C’est dommage d’ailleurs car, Don Carlos, c’est un opéra qui parle plus de politique qu’il ne parle d’amour. Je trouve même plus intéressante la relation Carlos-Philippe-Posa que l’intrigue Carlos-Elisabeth. Là, on a un opéra qui tourne autour de Carlos (alors que sincèrement, l’homme fort, c’est Posa ! C’est lui qui prend en main, qui dirige, qui reste lui-même et qui plait pour ça ! Posa, sans lui, y’a plus d’histoire !)

Acte 2:

Venons-en à Posa justement. Ludovic Terzier, français et diction impeccable… jusqu’au duo « Dieu, tu semas dans nos âmes » Si vous ne connaissez pas, ce duo, c’est l’un des plus beaux duos masculins qui puisse exister ! Et soudain… Nous mourrons-Z-en-nous-Z-aimant… Si l’on ne veut pas paraître ridicule, parfois, il faut savoir faire une césure à la place d’une liaison ou au moins ne pas marquer la liaison trop fortement. De plus, j’ai trouvé que les deux voix s’accordaient mal : les deux timbres sont trop semblables, trop sombres tous les deux, du coup, les nuances de Jonas Kaufmann ressortent mal, écrasées par la voix de Terzier.

Là, j’ai arrêté. Le ridicule de la scène m’a tuER…

Après avoir lu les critiques, j’ai repris l’écoute en zappant la mise en scène. On me promettait quelques moments exceptionnels.

Duo Carlos-Elisabeth : Kaufmann nuance enfin… Quelques phrases, échanges tout en douceur entre Sonya Yoncheva et j’y crois, on arrive à quelque chose qui peut émouvoir réellement. Mais il s’oublie rapidement et enfle de la voix avant même l’envolée lyrique finale… du coup, cette dernière perd en puissance ! (il fera la même chose au couronnement lorsqu’il menace le roi)

Entrée de Philippe : Mon Dieu, mais virez le tailleur ! La coupe du costume est ratée sur un roi d’Espagne, bon sang ! Vous les avez achetés chez Kiabi ou quoi ?

L’air de Posa : étouffé par les cuivres de l’orchestre (peut-être un problème de prise de son ? On entend régulièrement et distinctement les gens qui toussent…) et dans le duo qui suit, Terzier manque de souplesse…

Acte 3 :

Alors, jusqu’ici, je n’ai rien dit sur l’Elisabeth de Yoncheva… sauf qu’elle m’énerve depuis le début. Elisabeth est une fille de France, elle a appris dès son plus jeune âge à se comporter en future reine, elle sait choisir entre son devoir et son désir… Et Yoncheva passe son temps à se languir comme une Traviata. Où est la grâce, la bonté, la noblesse ? Comment Eboli peut-elle être jalouse de ça ? C’est elle la garce, pas Elisabeth ! Mais là, elle se moque même de la religion (qui est son seul recours à la fin) en mimant le geste de prière du roi… et niveau voix, c’est pareil, on est dans les émotions qui explosent. Comment peut-elle être vue comme un modèle de vertu, pure et sans tâche, faussement accusé, dans l’acte suivant ? Sincèrement, là, Eboli est une sainte et Elisabeth une garce… Le monde à l’envers.

Trio Eboli-Posa-Carlos : c’est poussif… Terzier s’en sort en nuançant mais il est écrasé par Kaufmann qu’on est le seul à entendre, quant Elina Garanca, pour une lionne blessée qui menace, elle n’est pas très impressionnante. Malheur sur toi, fils adultère… à moitié avalé, ce qui rend la malédiction peu crédible et le trio enchaine trop vite pour être impressionnant : on n’y comprend rien si ce n’est une grande confusion (alors que la scène n’est pas confuse du tout !)

Duo Posa-Carlos : le moment clé, le moment où Carlos confie sa vie à Posa qui sait qu’il va y rester (donc THE bascule dans l’opéra), très peu habité… où est l’enjeu de cette amitié à la vie à la mort si ce n’est un bête échange de paroles dans un couloir…

Le couronnement : J’ai osé regardé la vidéo… ok, donc le roi se désespère bien avant son grand air (qu’on m’a promis magnifique… y’a intérêt), on passe dans le vaudeville : Philippe II, ce grand roi toujours seul qui prend sa charge le plus sérieusement du monde (qui en est à sa troisième épouse s’il faut le rappeler, on va pas parler d’un mariage d’amour !) se bourre la gueule avant son grand oral devant le peuple, bouscule sa femme alors qu’il n’est pas encore au courant de son infidélité supposée…
Bordel, Philippe, c’est l’archétype du roi qui sacrifie sa famille et son bonheur à son pays ! Là on va finir sur « il veut la mort de son fils parce qu’il a piqué sa femme… » Et l’enjeu politique ? Le poids de la religion ? BORDEL LE METTEUR EN SCENE AU BUCHER ! (sans parler d’Elisabeth qui parait avoir fumé du lexomil… et le vieux qui représente Charles Quint planqué derrière une grille, puis arrêté par un vigile et mis à genou comme pour exécution de Daesh…  Posa qui grille une cigarette pendant que Carlos menace le roi… WTF !)

Du coup, j’ai pas vraiment écouté la scène… pourtant c’est la trahison, le choix politique (la justice divine, l’injustice des hommes…), cette scène est politique, c’est la trahison d’un fils, celle d’un ami, c’est la scène de la RAISON des hommes mûrs contre la déraison de la jeunesse… Et ben, c’est bariolé, c’est costumé (punaise, mais TAILLEZ LES COSTUMES AUX MESURES DES CHANTEURS !) et c’est confus visuellement, donc confus pour le type qui n’a pas lu le résumé de l’opéra…

Acte 4 :

Donc on commence par l’air dont j’ai lu qu’il était exceptionnellement bien chanté… Un air qui me donne la chair de poule. Je coupe la vidéo, histoire de me concentrer sur la voix.
Ildar Abdrazakov en Philippe… Ok, la voix qui tremble (la volonté d’exprimer l’émotion ? mes hauts-parleurs ?) je suis pas fan. Mais à part ça, rien à redire et à la fin, le dernier « elle ne m’aime pas » était émouvant. Pas l’extase, cependant.

Duo Philippe-Inquisiteur (Dmitry Belosselskiy) : Alors, là, les critiques que j’avais lu le disait pas très bon, voix qui s’accordaient mal. Je ne suis pas du tout d’accord. Deux orgueils qui s’affrontent, l’un qui finit par plier (et on sent bien la résignation dans la dernière note de Philippe qui sonne comme le glas qu’il est pour Posa)

Duo Elisabeth-Philippe puis le quatuor, le duo, l’air d’Eboli : AH ENFIN ! rien à redire, vocalement superbe. La mise en scène gâche tout : la salle de cinéma privée, Philippe en Othello, je suis pas fan, Posa qui débarque en costume de clown bedonnant (honnêtement, c’est l’impression que ça donne ! ).

Duo Carlos-Posa : Kaufmann toujours trop fort, trop puissant: Carlos est abattu, en prison qu’il appelle son tombeau et a encore la force de pousser sa gueulante… Posa par contre a bien conscience que la fin est proche (noble martyr qu’il est) « Dans tes yeux baignés de larmes, pourquoi donc ce muet effroi ? » (sauf que Carlos a plus l’air de faussement pleurer sur le sort de son premier caleçon que sur la mort à venir de Posa. Ah la voilà la belle amitié !), Terzier meurt impeccablement.
Mise en scène : dans les années 30, il y avait des fusils à viseur rouge ?

Duo Philippe-Carlos et fin de l’acte : Bon heureusement, Carlos-Kaufmann-Werther se ressaisit et on peut enfin se laisser porter par la musique dans le désespoir qu’ouvre la mort de Posa.

Acte 5 :

Parfait (si on zappe la mise en scène et Elisabeth qui joue les Juliettes, pour que toutes les références romantiques soient présentes dans un drame qui en manquait visiblement à la base, hein, parce que voilà, les gens sont bêtes, ils ne comprennent pas si on ne leur colle pas des clichés sous les yeux…)

En résumé

Niveau mise en scène, décors, costumes : ça ne vaut pas le coup.  Transformer un chef d’œuvre qui aborde de grands sujets (devoir, religion, justice) en vaudeville où l’on règle ses comptes persos sous couvert de décision politique, c’est lamentable.

Ce qui me dérange le plus avec ces choix, c’est qu’on passe à l’as le côté construction de devoir : Carlos, c’est l’anti-Werther, il évolue, il passe de l’enfant amoureux capricieux et centré sur lui-même à l’adulte qui prend ses responsabilités et s’arrache à cet amour qu’il n’a pas le droit de vivre. C’est un vrai parcours initiatique quand on y regarde de plus près… sauf que tout ça, ici, y’a pas ! Werther-Carlos se suicide, Elisabeth aussi… Où est la morale lorsque Charles Quint débarque et annonce que la paix ne se trouve qu’auprès de Dieu (ça veut pas dire qu’on doit se suicider, ça veut dire qu’il faut assumer son rôle jusqu’au bout ! Charles Quint bordel, s’il y a un type encore plus rigide sur le devoir royal que Philippe II, c’est Charles Quint !)

Direction de Philippe Jordan : un peu brutale, certaines nuances de la partition ne ressortent pas assez… et parfois, ça sort et on se dit « Ouais, ça c’est vraiment bien » (dommage que ça ne soit pas tout le temps).

Quant aux choix de la partition, ils montrent que la vision était une vision romantique (envolées lyriques parfois un peu lourdes et insistantes… c’est cohérent avec le jeu des acteurs… mais bonjour les nuances ! Ils ont coupé le ballet, pourquoi ne pas avoir fait de même avec d’autres moments ? Certains l’avaient fait il y a vingt ans et ça n’avait pas dénaturé l’œuvre.)

Les chanteurs mettent du temps à trouver la grâce qui parcourt l’opéra pourtant du début à la fin… En gros, avant le 4e acte, c’est poussif et peu inspiré car trop dans le pathos : ça marche au 4e acte parce que c’est un acte où l’on hurle, où l’on se bat, se dispute !

J’avoue que je ne suis pas objective : Don Carlos, je l’ai découvert avec la production du Châtelet, avec la direction sobre et efficace de Pappano, la mise en scène impeccable de Luc Bondy, Alagna, Hampson et Van Dam très bien assortis, Karita Matila parfaite et même Waltrud Meier, vocalement limite, était scéniquement admirable. La barre est donc très haute !